Pour redresser le pays, il faudrait de la croissance… Mais peut-on vraiment compter dessus ?

Une forte croissance économique permet d’éviter les choix douloureux. Durant les Trente Glorieuses, la France a pu en même temps se désendetter, mener de grands investissements et faire croître le pouvoir d’achat.
Il n’est donc pas étonnant que la plupart des candidats misent sur la relance de la croissance pour nous sortir de l’impasse. Cependant, il ne faut pas se faire d’illusions : les perspectives de croissance sont extrêmement incertaines !
1) Du côté de l’augmentation de la productivité, il y a l’innovation technologique, à commencer par l’intelligence artificielle. L’impact s’annonce majeur dans de nombreux secteurs.
Il faut tout de même noter deux choses :
- Comme le rappelait Arthur Mensch dans son audition devant la commission d’enquête sur les vulnérabilités numériques, les progrès de l’IA se heurtent à la limite du volume d’électricité.
- Nous ne savons pas encore quel sera l’impact global de l’IA sur l’économie. Après tout, la révolution internet des années 1990-2000 n’a pas permis de revenir aux taux de croissance de l’époque où les ménages s’équipaient en véhicules et en électroménager…

2) En sens inverse, la relocalisation et la transition écologique risquent plutôt d’avoir des effets négatifs sur la productivité :
- Un récent rapport montre un écart de coût de 30 à 40% entre la Chine et l’Europe, pour des produits de qualité équivalente (Thomas Grjebine, Pacôme Lefebvre, Mattéo Torres).
- Dans le plan de transformation de l’économie française du Shift project, il faut 412 000 ETP en plus dans le secteur alimentaire, pour une production agricole moindre…
3) Un phénomène massif aura un impact majeur : le vieillissement de la population.
Selon le rapport Draghi (2024), d’ici 2050, le niveau du PIB européen devrait revenir au niveau actuel. Soit une croissance nulle ! Pourquoi ? Parce que le nombre d’actifs va diminuer rapidement (le choc sera encore plus violent en Chine).

Et le PIB par habitant alors ? Sa croissance va aussi se réduire, du fait de la transformation de la pyramide des âges. Un ralentissement de l’ordre de 40 % selon l’OCDE.

4) Enfin, il y a la nouvelle conjoncture internationale. Montée du protectionnisme, conséquences du réchauffement climatique, multiplication des crises et des guerres, tout cela risque de diminuer une croissance déjà faible.
Au cours des dernières décennies, l’efficacité économique a été placée au premier plan. Désormais, nous sommes contraints de la mettre en balance avec l’indépendance nationale, la résilience et la préservation des écosystèmes…
Conclusion ? Il existe des réservoirs de croissance dans l’innovation et le volume d’activité (taux d’emploi, etc.). Mais miser sur une reprise de croissance qui nous épargnerait un grand effort collectif relève de la pensée magique…
Pour préparer l’avenir, il faut investir dans la défense, la relocalisation, la transition écologique et l’action publique, et tout cela va bien avoir un coût !