La crise du pouvoir d’achat ne va pas disparaître… Car c’est la crise de tout notre modèle de société !
La croissance du pouvoir d’achat ne cesse de s’affaiblir depuis plus d’un demi-siècle. Voici ce que cela signifie concrètement (graphique) :

– Entre 1960 et 1973, le niveau de vie doublait en seulement 15 ans, soit en largement moins d’une génération.
– Entre 1974 et 2007, il fallait 46 ans, soit environ deux générations.
– Entre 2008 et 2024, il faut maintenant 137 ans pour doubler le niveau de vie ! Nous pouvons parler de quasi-stagnation.
Bref, notre univers économique n’a plus rien à voir avec celui des Trente Glorieuses. Et demain ? Avec les crises économiques, géopolitiques, écologiques et démographiques qui se dessinent à l’horizon, la situation a plus de chance de se dégrader que de s’améliorer.
Pourtant, malgré cette réalité massive, nous continuons de vivre comme au temps de la croissance forte : stimulation des besoins par les entreprises, publicité omniprésente, imaginaire de surconsommation, promesses de hausse du niveau de vie matériel, etc.
Cela est devenu totalement déraisonnable ! Pour au moins deux raisons.
1) Le décalage entre ce que la société nous pousse à consommer et le niveau du pouvoir d’achat s’agrandit, ce qui crée frustrations et drames sociaux (précarité énergétique, recours aux banques alimentaires…).
2) Au nom de la défense de notre niveau de vie, nous sacrifions de plus en plus notre avenir : endettement public démesuré, délocalisations (pour les prix bas) au détriment de notre indépendance productive, soutien de la consommation plutôt que de l’investissement, dégradation de l’action publique par manque de moyens, etc.
– 1960-1973 : le pays se désendette et affiche un fort excédent commercial.
– 1974-2007 : la dette publique augmente de 50 points de PIB et le pays se désindustrialise.
– 2008-2024 : la dette publique augmente à nouveau de 50 points de PIB (en presque deux fois moins de temps) et le déficit commercial devient structurel.

Nous sommes arrivés au bout du modèle.
La crise du pouvoir d’achat n’est que le symptôme d’une crise plus générale, celle d’une société qui n’a toujours pas fait le deuil de la croissance forte. Celle d’une société dans laquelle la consommation matérielle occupe une place tout à fait disproportionnée, alors que les défis s’accumulent.
J’ai publié La sobriété gagnante en 2022. Quatre ans après, la réorientation de notre société vers l’investissement et l’avenir m’apparaît plus nécessaire que jamais. La question est donc : gouvernants et candidats vont-ils enfin accepter d’affronter cette réalité ?

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