Peut-on réduire les dépenses publiques de fonctionnement ?

Avec les élections présidentielles, les promesses de réduction des dépenses publiques se multiplient. Est-ce crédible ?

Tout le monde a en tête des exemples de gaspillage d’argent public (bureaucratie, abus, privilèges…). Des essayistes se spécialisent d’ailleurs dans la dénonciation de ces scandales. Et des candidats promettent qu’ils auront enfin le courage de faire d’importantes économies.

Il ne fait pas de doute qu’il y a beaucoup de choses à corriger et à améliorer. En revanche, quand on regarde les ordres de grandeur, il paraît assez illusoire d’en attendre de vraies marges de manœuvre budgétaires !

1) Si l’on prend toutes les « dépenses de fonctionnement » des administrations publiques (rémunérations des agents, locaux, achats de matériel, etc.), on arrive à 18 points de PIB. Autrement dit, la France consacre moins d’un cinquième de son PIB aux fonctions régaliennes (défense, police, justice, administration…) et aux services publics (éducation, hôpital, culture, recherche…).

2) Le niveau de ces dépenses n’a pas augmenté en l’espace d’un demi-siècle ! En 1975, au début du mandat de Valéry Giscard d’Estaing, nous étions au même niveau qu’aujourd’hui (voir la courbe rouge du graphique).

La réduction de ces dépenses est un objectif des gouvernements de droite et de gauche depuis une trentaine d’années. Résultat ? Une orientation légèrement à la baisse, malgré les rebonds au moment des crises (2008 et covid).

Entre 1996 et 2024 : -1,4 point de PIB.

Malheureusement, dans le même temps, les besoins ont eu tendance à augmenter : menaces géopolitiques beaucoup plus fortes que dans les années 1990, vieillissement de la population (hôpital), des études de plus en plus longues (pression sur les universités), etc.

Quel est le résultat ? Sans doute des gains d’efficacité (réorganisations, numérisation, etc.). Mais aussi une dégradation générale de l’action publique : armée sous-dimensionnée, décrochage éducatif, défaillance du système de santé, impréparation écologique… C’est-à-dire un sous-investissement qui risque de coûter très cher au pays sur le long terme.

En résumé, s’il y a peut-être des centaines de millions ou des milliards d’euros à économiser grâce à une meilleure gestion de l’argent public, les besoins pour se préparer aux défis du XXIe siècle se chiffrent, eux, en dizaines de milliards d’euros !

Par exemple, faire passer le budget de la défense de 2 à 3 points de PIB représenterait une dépense annuelle supplémentaire de 30 milliards d’euros.

– Même ordre de grandeur pour compenser la baisse des dépenses intérieures d’éducation depuis 30 ans (données DEPP).

– Même ordre de grandeur pour la transition écologique (dans le rapport Pisani-Ferry/Mahfouz, p. 112).

Telle est donc la réalité : si la France veut se projeter dans l’avenir, elle va devoir augmenter (et non pas réduire) ses « dépenses de fonctionnement », c’est-à-dire les dépenses publiques liées aux fonctions régaliennes et aux services publics !

Comment faire alors ? C’est une autre histoire !


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