60 % de l’électorat écologiste estime que la France dépense trop pour la défense… Cela me paraît une erreur !

Les écologistes sont souvent plus lucides que le reste de la population sur l’impasse de notre modèle de société, fondé sur une abondance matérielle croissante. En revanche, en matière de défense, beaucoup d’entre eux ont tendance à s’abstraire des réalités politiques.
Comme il s’agit d’un sujet essentiel (sur lequel portait d’ailleurs ma thèse de doctorat), voici trois rappels.
[1] Dans le monde tel qu’il est, la sauvegarde de toutes les bonnes choses de notre vie collective (démocratie, valeurs, capacités d’action) dépend ultimement des forces armées. Ce sont elles qui permettent de refuser la loi du plus fort.
La Pologne a été démantelée à la fin du XVIIIe siècle. Martyrisée un siècle et demi après par l’Allemagne nazie, puis soumise pendant de longues décennies par l’URSS. Cela était totalement injuste. Mais, comme l’enseignent des siècles d’histoire, telle est la menace qui pèse sur les pays militairement faibles, du moins lorsqu’ils ne disposent pas d’alliés fiables.

[2] Les Européens n’ont aucune volonté de conquête. Ils s’accommodent très bien de l’ordre international actuel. Ce ne sont pas eux qui ont choisi de lancer les hostilités.
Mais ils doivent faire face à un réarmement général (voir graphique). Et s’adapter à un monde où les grandes puissances ont de moins en moins peur de recourir à des moyens violents pour parvenir à leurs fins.

L’enjeu est donc de retrouver des capacités de défense (cyber, drones, spatial, munitions…). Si la Pologne est passée de 2,2% de son PIB consacré à la défense à 4,5 % en l’espace de trois ans (2022-2025, données Sipri), c’est parce qu’elle juge que la menace est bien réelle !

[3] En France (mais aussi en Europe), nous avons profité, grâce à la protection des États-Unis, des « dividendes de la paix » à partir des années 1990. Avec une baisse très importante des dépenses militaires (graphique France)

Cependant, à moins d’accepter de nous soumettre aux exigences de plus en plus exorbitantes des États-Unis, ce temps est désormais révolu. Voilà qui implique à nouveau de grands efforts, car ce que nous allons devoir investir dans la défense, il va falloir le retrancher ailleurs…
On en revient alors à notre principal problème économique et social : où trouver l’argent ? Eh bien, sans doute du côté de notre consommation, et surtout de notre consommation matérielle importée. Ce que les écologistes, après tout, peuvent probablement entendre !
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